Du contrôle vers la compréhension
Comment mon approche éducative s’est transformée et pourquoi je ne reviendrais pas en arrière.
Dans mes débuts, j’étais une grande utilisatrice de ce qu’on pourrait appeler les demande de contrôle. Le coucher. La marche en laisse. Le « pas bouger ». Des exercices propres, mesurables, rassurants pour le chien, surtout, je crois, pour moi.
Ça donnait l’impression de progresser. D’avoir prise sur la situation.
Les années passant, quelque chose a commencé à se déplacer. Pas brutalement progressivement, presque silencieusement.
J’ai commencé à me poser des questions différentes. Pas « comment je vais faire ça au chien », mais « pourquoi le chien fait ça ».
Ce glissement de perspective a tout changé.
Ce que les commandes ne répondaient pas
Les commandes ont leur utilité. Je ne les renierais pas. Et si un client me les demande aujourd’hui, je l’accompagne volontiers sur ce travail. Dans ma propre approche éducative, elles ont perdu la place centrale qu’elles occupaient autrefois.
Parce qu’une commande obtenue, c’est un comportement produit. Ce n’est pas forcément un chien compris. Un chien qui se couche sur ordre peut très bien être un chien en état de siduration, d’évitement, ou simplement conditionné à répondre pour éviter une conséquence. Le résultat est là. Mais la question de fond ne l’est pas.
Et c’est cette question de fond qui me motive désormais : quelle est la source de ce comportement ? Quelle émotion le traverse ? Quelle réponse cherche-t-il à produire dans son environnement ?
Se mettre à la place du chien : l’éthologie comme boussole
L’éthologie l’étude du comportement animal en milieu naturel m’a offert un changement de regard fondamental.
Celui de considérer le chien non pas comme un exécutant à former, mais comme un être doté d’un écosystème qui lui est propre.
Chaque chien arrive avec une histoire, une sensibilité, un système nerveux, des expériences précoces qui ont façonné ses réponses.
Il ne « fait pas exprès ». Il fait ce que son histoire, son corps et son environnement lui dictent.
Mon rôle, c’est de comprendre cet écosystème avant de vouloir le modifier.
Se mettre à la place du chien, ce n’est pas de l’anthropomorphisme. C’est une posture professionnelle.
C’est se demander : dans sa réalité à lui, cette réponse a-t-elle du sens ? Et presque toujours, la réponse est oui.
Moins de commandes, plus de corps
L’autre grand virage de ces dernières années, c’est le travail corporel. J’accorde aujourd’hui beaucoup plus d’importance à la gestion du corps celui du chien, aussi celui de l’humain qui est avec lui.
Comment on se place. Comment on respire. Comment on formule une demande pas seulement avec un mot, avec une intention, une posture, une énergie.
Le chien est un lecteur du vivant d’une finesse que l’on sous-estime souvent. Il capte ce que notre corps dit avant même que notre bouche parle.
Travailler ça, c’est travailler la relation dans sa dimension la plus vraie. Pas la performance d’un comportement appris, la qualité du dialogue entre deux êtres qui cherchent à se comprendre.
Une évolution, pas une rupture
Je ne renie pas mes débuts. Ils m’ont constituée. Ils m’ont donné des outils, une rigueur, une base sur laquelle j’ai pu bâtir autre chose.
Ce qui me guide aujourd’hui, c’est une question simple : est-ce que je comprends ce chien ? Pas seulement est-ce que je sais lui faire faire quelque chose est-ce que je comprends d’où il vient, ce qu’il ressent, ce dont il a besoin ?
Quand cette question devient le point de départ, tout le reste s’organise différemment. Le travail devient plus lent, parfois. il devient aussi beaucoup plus juste.
Océane Ripoll — Éducatrice canine Montargis · Fontainebleau · Sens et alentours


